Alliant l’intime à l’universel, le corps humain est l’un des thèmes majeurs de l’histoire de l’art occidental. À partir du mystère du Verbe fait Chair, le corps permet d’exprimer le divin, mais aussi les blessures subies à chaque instant de l’histoire humaine. La représentation du corps est une métaphore qui renvoie au contexte dans lequel l’œuvre a été conçue et aux émotions qu’elle éveille. Cependant, le corps est aussi cet objet sur lequel s’appuie la construction de mythologies collectives ou individuelles. Loin d’être un signe univoque, il est le reflet de la position des marges et des centres dans notre société.
L’exposition réunit environ 300 dessins, peintures, photographies et sculptures. Elle illustre les multiples représentations du corps dans les productions d’Art Brut, sans perdre de vue la dimension du dialogue intime que les auteurs entretiennent avec leurs créations.
Ces œuvres constituent des « batailles » sans médiation ni concession que le créateur mène avec sa propre image et son vécu singulier. Pour certains d’entre eux, le corps est le refuge d’une intimité complexe ; pour d’autres, une prison à fuir, ou encore le centre d’énergies à libérer et à transformer.
Rarement exposés, les tatouages de prisonniers attestent de l’intérêt de Jean Dubuffet, fondateur du concept d’Art Brut, et à l’origine du musée lausannois, pour des créations se situant en marge du milieu de l’art. Guo Fengyi et Robert Gie. représentent les fluides qui nous traversent, Carlo Zinelli et Giovanni Bosco nous confrontent à des images de corps morcelés, Aloïse Corbaz, Sylvain Fusco et Giovanni Galli envisagent le corps sous l’angle du plaisir charnel, comme en témoignent les poitrines opulentes des figures féminines dans leurs dessins et peintures ; Josef Hofer se concentre lui presque exclusivement sur la représentation du corps masculin et de sa sexualité exacerbée. La mécanique interne du corps est aussi illustrée chez certains auteurs par le biais de schémas corporels, comme chez Katharina ou Sylvain Lecoq, sans oublier les métamorphoses corporelles, présentes notamment dans les dessins d’Ataa Oko et de Friedrich Schröder-Sonnenstern. Evoquons en conclusion la transformation ultime du corps à travers les thématiques du squelette et de la mort, qui se matérialise notamment dans les travaux d’Emile Josome Hodinos, de Giovanni Battista Podestà et de Vojislav Jakic´. Commissariat : Gustavo Giacosa, commissaire indépendant et metteur en scène
















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