Gaspard Corpataux (1838-1917) est né à Fribourg (Suisse). Avocat de profession, il est interné à l’âge de quarante-quatre ans à l’hospice de Marsens (devenu depuis l’hôpital psychiatrique cantonal de Marsens), à la suite d’« attentats à la pudeur ».
Entre 1903 et 1916, il compose de nombreuses missives qu’il adresse au médecin directeur de l’hospice, aux membres du Conseil d’État de Fribourg ainsi qu’aux conseillers fédéraux. Rédigés dans le dernier temps de sa vie, ses plaidoyers ne cessent de demander sa sortie d’hôpital, mais sa requête restera vaine. Très rarement en capitales, les lettres se caractérisent par la souplesse de leur déploiement et sont tracées à l’encre de Chine et à la plume sur du papier de cahiers d’école ou du papier administratif quadrillé, parfois rouge ou vert. Occasionnellement placés sur le recto et le verso du support employé, ses écrits présentent une graphie minutieuse, qui s’apparente à l’art de la calligraphie. Il prend soin de mettre en évidence les mots importants à ses yeux en les soulignant d’un trait ou d’un double trait. À défaut de retrouver sa liberté, Gaspard Corpataux libère la parole de son enfermement au travers de son invention langagière.